Histoire du Bélarus

Les tribus des Slaves orientaux commencent à se sédentariser sur le territoire actuel du Bélarus entre le Ve et le VIe siècle après J.-C.

Les origines du territoire
L'expansion du duché de Kiev incorpore le territoire de la Biélorussie durant le IXe, le Xe et le XIe siècle. La chute de l'État de Kiev signifia l'apparition de plusieurs petits duchés indépendants (Polotsk, Pinsk, Smolensk, Torovsk) qui, après la grande invasion tatare, sont occupés pendant les XIIIe et XIVe siècles par le grand-duché de Lituanie. Le traité de Lublin (1569) marque l'union de la Lituanie (y compris la Biélorussie) avec la Pologne. Dorénavant, et pour des siècles, la Biélorussie sera disputée entre la Pologne et la Russie. Le destin tragique de la Pologne (trois fois partagée entre 1772 et 1795) marque aussi le devenir de la Biélorussie. Le premier partage de la Pologne (1772) accorde à l'Empire russe le territoire biélorusse situé à l'est d'une ligne unissant Vitebsk, Orcha, Moguilev et Gomel, soit 92 000 km². À la suite du deuxième partage (1793), la Russie avance vers l'ouest, occupant la partie centrale de la Biélorussie, y compris Minsk. Le dernier partage (1795) marque l'annexion de l'intégralité de la Biélorussie par l'empire des tsars.

L'irruption, en 1812, des armées de Napoléon sur les territoires biélorusses provoque l'enthousiasme des nobles éclairés. Certains paysans, croyant que l'heure de la fin du servage était venue, se rebellent contre leurs propriétaires. Un grand nombre de Biélorusses sont incorporés dans les armées russes, d'autres rejoignent les armées françaises et polonaises. Après le passage de la Bérézina et la défaite de Napoléon, la Biélorussie est rapidement reconquise par les armées russes.

Lors de l'insurrection polonaise de 1830, la paysannerie biélorusse reste généralement passive, cependant certains paysans se joignent aux insurgés en Biélorussie occidentale. Dans l'est du pays, seuls certains nobles se rebellent. Les répressions tsaristes frappent l'ensemble de la petite noblesse polonaise et le tsar fait venir en Biélorussie des nobles et des marchands russes. Le système d'éducation polonais est supprimé en Biélorussie et en Lituanie ; en 1835, la langue polonaise est interdite dans les gouvernements de Moghilev et de Vitebsk et, en 1840, la langue russe est introduite dans les lycées de Grodno, Minsk et Vilnia.

En 1839, l'Église uniate est rattachée à l'Église orthodoxe, ce qui suscite un fort mécontentement dans la paysannerie. Malgré la politique du tsar, l'influence polonaise continue à s'étendre en Biélorussie occidentale. En Biélorussie orientale, en revanche, la russification connait des succès grandissants. La rivalité entre les élites polonisées et russifiées ainsi que l'émergence d'une intelligentsia d'origine paysanne favorisent la lente et tardive formation, à la fin du XIXe siècle, d'un sentiment national biélorusse et la création d'une nouvelle langue littéraire (à partir de 1859, la censure tsariste interdit la publication d'œuvres littéraires en langue biélorusse).

En 1897, est créé le Bund par les socialistes juifs de Biélorussie, de Lituanie et de Pologne. En 1898, la parti social démocrate est fondé à Minsk.

Les péripéties du XXe siècle
Pendant la Première Guerre mondiale, les Allemands occupent la plus grande partie du territoire. Même si le régime soviétique fut installé en Biélorussie en 1917, le traité de Brest-Litovsk donne à l'Allemagne le droit d'administrer la majorité du territoire biélorussien avec Minsk jusqu'à la fin de 1918. Lors de cette occupation, des représentants de divers partis et associations patriotiques ou socialistes biélorusses (tout spécialement la Hromada socialiste biélorusse créée en 1902 sous l'influence du Parti socialiste polonais) convoquent à Minsk un congrès pan-biélorusse qui proclame, le 25 mars 1918, la République populaire de Biélorussie (BNR). Mais cette entité ne parviendra jamais à prendre le contrôle du territoire. Une fois les troupes allemandes parties, la Biélorussie devient, le 1er janvier 1919, une république socialiste soviétique et s'unit à la Lituanie. Continuant les opérations militaires, l'armée polonaise, sous la conduite du chef de l'État Josef Pilsudski, occupe la majorité du territoire biélorusse entre 1919 et 1920. Après la prise de Kiev par les Polonais en mai 1920, les Soviétiques lancent une contre-offensive qui aboutit à la reconquête du territoire biélorusse (août 1920) ; le 1er août 1920, les Soviétiques proclament la création de la République socialiste soviétique de Biélorussie. Le traité de Riga (mars 1921), signé entre la Pologne, la Russie et l'Ukraine soviétique, entérine la nouvelle situation: la Pologne obtient l'annexion de 80 000 km² de territoires situées à l'ouest de Minsk, tandis que les Soviétiques conservent le contrôle de Minsk et de la Biélorussie orientale.

En décembre 1922, la République socialiste soviétique de Biélorussie devient une république de l'URSS. Le territoire administré par la Pologne est rattaché à la Biélorussie en 1939 quand l'Armée rouge occupe la Pologne orientale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Biélorussie est occupée par les troupes allemandes (1941-1944) qui la ravagent pendant leur retraite (la Biélorussie a payé le plus lourd tribut à la guerre de toutes les républiques soviétiques, 209 de ses villes furent détruites ainsi que 9 200 villages, dont 616 furent brûlés avec leurs habitants. On recensa environ 1,3 million de victimes). Les traités d'après la guerre confirmèrent l'existence de la Biélorussie dans ses frontières actuelles. La République socialiste soviétique de Biélorussie devint membre fondateur de l'ONU (1945).

Depuis l'indépendance
Différentes nationalités en minorité occupent les zones frontalières : Russes au nord (région de Vitebsk), Polonais (région de Grodno), Ukrainiens au sud; au centre et au nord, est établie une communauté juive, très restreinte depuis l'extermination nazie.

La politique de «glasnost» de l'URSS ouvre pour la Biélorussie, État qui n'existe que depuis 1945, les voies de l'autodétermination. L'effervescence qui régnait en Pologne et dans les républiques baltes trouva un écho chez certains intellectuels. Une partie d'entre eux furent portés à redécouvrir leur passé lituano-russe. En 1986, vingt-huit intellectuels biélorusses adressèrent une pétition à M. Gorbatchev, exigeant la protection de la langue (très proche du russe) et de la culture biélorusses.

Ces sentiments nationalistes furent renforcés par la découverte tardive par la population de la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl et de son ampleur (les autorités n'avaient en effet dispensé aucune information concernant l'accident, ni sur ses conséquences ou l'extension du champ radioactif à la Biélorussie, qui reçut pourtant 70 % des retombées). En outre, la lutte contre les effets de cette catastrophe, qui s'accompagna de multiples et graves négligences alors que certains fonctionnaires s'étaient mis à l'abri avec leurs familles, provoqua un grand mécontentement.

En 1990, la «langue» biélorusse fut proclamée langue officielle. La même année, fut votée la déclaration de souveraineté et, en 1991, la Biélorussie accéda à l'indépendance. Mais ces gestes politiques ne signifiaient pas un éloignement décisif de Moscou. Les difficultés économiques, dues à un système agricole et industriel géré à l'extérieur et financé par les fonds de l'Union soviétique, et les affinités culturelles avec la Russie poussèrent en effet la Biélorussie à revenir sur ses pas. La Biélorussie fit ainsi partie des premières républiques qui embrassèrent l'idée d'une «autre union» et qui signèrent l'accord de création de la CEI; fait significatif, Minsk devint la capitale de la CEI. À la suite d'un référendum organisé en mai 1995, la Biélorussie rétablit l'ancien drapeau rouge et l'ancienne langue officielle, le russe. Inquiète de l'avancée de l'OTAN dans les anciens pays de l'Est, elle multiplia les échanges avec la Russie. Ainsi, le 2 avril 1996, le chef d'État biélorusse, Alexandre Loukachenko, ratifia un accord d'union avec son partenaire russe, par lequel un «Conseil supérieur» des présidents et des Premiers ministres des deux pays fut créé, suivi, le 23 juillet 1997, d'une charte d'union destinée à renforcer plus encore le processus d'intégration en cours entre les deux États. En matière de politique intérieure, le pays connut un durcissement du pouvoir, se manifestant notamment par la dissolution du Parlement et l'adoption d'une nouvelle Constitution (novembre 1996) renforçant les pouvoirs présidentiels. Ces mesures autoritaires soulevèrent l'indignation de la communauté internationale et de l'opposition, qui répliqua par la création de la «Charte 97», réunissant à la fin de l'été 1998 près de 100 000 signatures. En dépit de la disparition «inexpliquée» de la majorité de ses partisans et de la répression exercée par le pouvoir, les partis de l'opposition organisèrent également, en mai 1999, un scrutin présidentiel clandestin auquel plusieurs centaines de milliers de Biélorusses participèrent. Mikhaïl Tchiguir, Premier ministre de 1994 à 1996, emprisonné, remporta avec 77 % des suffrages cette «élection présidentielle» qui visait à désigner un successeur à Aleksandre Loukachenko. Ignorant les résultats de ce scrutin, le chef de l'État désigna Mikhaïl Tchiguir à la direction du gouvernement. En mars 2000, Vladimir Yermochine lui succéda.