Filipka – le fiston, conte populaire biélorusse


Il était une fois un homme et une femme. Malheureusement, ils n'avaient pas d'enfants. Ce fut un gros, très gros chagrin pour eux et surtout pour la femme: personne à bercer, personne à élever.

Ayant longtemps désespéré d'avoir des enfants, l'homme alla dans la forêt, coupa une bûche d'aune et l'apporta à sa femme.

- Mets-la dans le berceau, ma bonne femme, ça va te consoler.

Ainsi fit-elle et commença à chanter sa berceuse.

- Fais dodo, mon fiston, fais dodo, mon petit garçon. Que tes épaules sont blanches, que tes yeux noirs sont beaux…

Elle la berça un jour, puis un autre et un troisième jour - oh, miracle! - la bûche fut métamorphosée en garçon.

L'homme et sa femme en furent très heureux. Ils lui donnèrent le nom de Pilipka et commencèrent à l'élever.

Pilipka grandit vite et un jour il dit à son père:

- Papa, fais-moi un bateau en or et un aviron en argent, je veux aller à la pêche.

Le père lui fit un bateau en or et un aviron et l'envoya au lac pêcher.

Là, le garçon pêcha à la ligne toute la journée et toute la nuit…

Il ne revint pas à la maison pour manger, car la pêche le fit tout oublier. Sa mère lui apporta son repas. Elle arriva au bord du lac et l'appela:

- Pilipka, mon fiston, viens manger un petit pâté!

Le garçon arriva vers elle, lui donna son poisson, mangea un petit pâté et revint à la pêche.

Un jour, la vieille sorcière (Baba Yaga, pieds en os) entendit la mère appeler Pilipka et décida de faire de même pour attraper le garçon. Elle prit un sac et un tisonnier, alla au bord du lac et commença à appeler:

- Pilipka, mon fiston, viens manger un petit pâté!

Pilipka crut que c'était sa mère et fit avancer le bateau vers le bord du lac. La sorcière accrocha la bateau à l'aide du tisonnier, le tira sur la rive, saisit Pilipka et le mit dans le sac.

- Ah, - s'écriat-elle, - vilain garçon, ta pêche est finie!

Elle mit ce sac sur sa bosse et le porta chez elle, dans un bois fourré.

Elle marcha longtemps, enfin fatiguée, s'assit pour se reposer et s'endormit. A ce moment-là, Pilipka sortit du sac, y mit de lourdes pierres et revint au lac.

La fée Carabosse se réveilla, prit le sac sans s'apercevoir de rien et se remit en marche.

A la maison elle dit à sa fille:

- Fais-moi cuire ce pêcheur pour le dîner!

La Carabosse vida le sac sur le plancher - mais là, il n'y eut rien que des pierres…

Elle se mit en colère et cria à tue-tête:

- Ah! le brigand! Tu m'as eue, je te ferai cuire!

Elle revint au bord du lac et se mit à appeler Pilipka:

- Pilipka, mon fiston, vient manger un petit pâté!

En l'entendant crier, Pilipka répondit:

- Non, tu n'es pas ma mère, tu es Carabosse, je te reconnais. La voix de ma mère est plus douce.

La sorcière continua en vain de l'appeler, mais Pilipka resta sourd.

- Eh bien, - se dit-elle, - je me ferai faire une voix plus douce.

Elle courut chez le forgeron et le pria:

- Forgeron, mon forgeron, affûte ma langue, qu'elle soit plus fine.

- D'accord, - répondit le forgeron. - Mets-la sur l'enclume.

La sorcière y mit sa langue, le forgeron prit le marteau et commença à lui donner une forme fine. Lorsque le travail fut terminé, la Carabosse courut au bord du lac et appela le garçon d'une voix douce:

- Pilipka, mon fiston, viens manger un petit pâté!

Pilipka entendit cette voix et pensa que c'était sa mère qui l'appelait.

Il arriva sur la rive du lac, la Carabosse le saisit et le mit dans le sac.

- Maintenant tu ne me tromperas plus! - s'écria-t-elle avec joie.

Et sans se reposer, elle l'apporta chez elle. A la maison elle vida le sac et dit à sa fille:

- Le voilà, le bandit! Allume le feu dans le poêle et fais-le cuire. Prépare-le-moi pour le dîner.

Et elle s'en alla.

La fille alluma le feu dans le poêle, apporta une pelle et dit à Pilipka:

- Couche-toi sur la pelle, je vais te mettre dans le poêle.

Pilipka se coucha sur la pelle et leva ses pieds.

- Pas comme ça! - cria la fille de la vieille sorcière. - je ne pourrai pas te mettre dans le poêle.

- Mais comment? - demanda Pilipka. - Fais vois comment ça se fait.

- Imbécile! - gronda-t-elle. - C'est comme cà qu'il faut faire. Regarde un peu!

Elle se coucha sur la pelle. Pilipka saisit celle-ci et la mit dans le poêle. Il reposa le bouchoir et l'immobilisa avec le mortier de la vieille sorcière, empêchant de cette façon la fille d'en sortir.

A peine sortit-il de la maison, qu'il vit la sorcière revenir.

Pilipka grimpa sur l'érable très haut et épais et se cacha dans les branches.

La Carabosse entra dans la maison et sentit l'odeur de la viande rôtie qu'elle tira du poêle. Elle mangea à sa faim, jeta les os dans la cour et se mit à rouler dessus en répétant:

- Je vais tomber, je vais rouler après avoir mangé du rôti de Pilipka, après avoir bu de son sang.

Et Pilipka lui répondit de l'érable:

- Va tomber, va rouler après avoir mangé du rôti de ta fille, après avoir bu du sang de ta fille.

La vieille sorcière qui entendit ces mots devint noire de colère.

Elle s'approcha de l'érable et mit à le ronger avec ses dents.

Elle s'y appliqua si fort, qu'elle se cassa les dents, mais l'érable resta intact.

Alors la Carabosse courut chez le forgeron:

- Forgeron, mon ami, forge-moi une hache de fer, sinon je vais manger tes enfants.

Le forgeron eut peur et lui fit tout ce qu'elle voulut.

La vieille courut vers l'érable et commença à l'abattre. Pilipka lui cria:

- Frappe contre la pierre et pas contre l'érable!

La sorcière lui riposta:

- Pas la pierre, mais l'érable!

Et Pilipka de nouveau:

- La pierre et pas l'érable!

A ce moment-là la hache se heurta à une pierre si dure qu'elle fut complètement ébréchée.

Gémissant de colère, la vielle saisit la hache et courut chez le forgeron pour la faire aiguiser.

Pilipka, sentant l'érable branler, comprit qu'il fallait se sauver avant qu'il ne fût trop tard…

A ce moment-là, Pilipka vit dans le ciel une volée d'oies et leur cria:

- Oh, oies, mes chères oies, chacune de vous jetez-moi une plume. Je vais voler avec vous chez mon père et chez ma mère, où je vous en remercierai.

Les oies eurent pitié du garçon et chacune lui jeta une plume.

Pilipka ne fit de ces plumes que la moitié d'une aile.

Une autre volée passa. Pilipka les pria:

- Oh oies, mes chères oies, chacune de vous jetez-moi une plume. Je vais voler avec vous chez mon père et chez ma mère, où je vous en remercierai.

Et chaque oiseau donna une plume au garçon.

Passèrent la troisième et la quatrième volée… Et toutes les oies firent de même.

Pilipka fabrique lui-même ses ailes et s'envola après les oies.

Bientôt la vieille sorcière revint de chez le forgeron et se remit au travail de plus belle. Enfin l'érable craqua, tomba sur la vieille et l'écrasa.

Peu de temps après Pilipka arriva chez ses parents, qui étaient très heureux de le revoir. A cette occasion, ils lui firent une fête et donnèrent à manger aux oies.

C'est ainsi que le conte finit…